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L'hygiène à la cour de Versailles

Versailles et l'Ancien Régime sont souvent associés à l'insalubrité et au manque d'hygiène. Qui n'a pas appris à l'école que Louis XIV n'avait pris que deux ou trois bains durant sa longue vie et que les nobles ne se lavaient pas et se soulageaient derrière des rideaux ou un escalier ? Il n'en est rien, ou plutôt les choses sont plus complexes que cela...

Certes, les courtisans ne bénéficiaient pas des commodités fixes d'aujourd'hui. Toutefois, il existait bel et bien des latrines publiques, et ce, dès Louis XIII. De plus, des porteurs (porte-chaise d'affaires) mettaient à disposition des seaux pour assurer quelque commodité, moyennant une petite rétribution. Chaque appartement possédait une pièce dite "garde-robe", où se trouvait la chaise de commodités (chaise percée, chaise d'affaires).

Il est possible que certains préféraient se soulager là où ils pouvaient, car sous Louis XIV, il était nécessaire de se trouver sur le lieu de l'action, et non loin... Il fallait autant que possible pouvoir être vu par le roi ou se trouver non loin de lui.

Sans être un château puant, il est vrai que le Versailles d'autrefois pourrait nous paraître malodorant. Les mauvaises odeurs étaient nombreuses et d'origines diverses : odeur des chevaux, des chèvres et des vaches que l'on amenait jusqu'aux princesses, transpiration des cavaliers... Pour masquer ces odeurs, on avait recours à des soufflets, des pastilles à brûler, des cassolettes et des gants parfumés, qui diffusaient des parfums (patchouli, musc, civette, tubéreuse...).

A l'époque de Louis XIV, l'eau avait mauvaise réputation. Les médecins considéraient qu'elle était un agent propagateur de maladies, aussi s'en méfiait-on et pratiquait-on la toilette sèche, qui consistait à changer plusieurs fois par jour de vêtements. On se poudrait les cheveux pour éviter la crasse, et pour masquer les odeurs, on se parfumait. Les dames masquaient leur mauvaise haleine avec de la cannelle, du clou de girofle, du fenouil, de la menthe, de la marjolaine, du thym, du pouliot, de la fleur de lavande...

Louis XIV posséda, non pas une salle de bains, mais un appartement complet de 5 pièces dédiées à ses bains. Le roi se lavait tous les jours, l'après-midi, en rentrant de la chasse. Les salles de bains comportaient deux baignoires, l'une des explications possibles est que l'une était pour se savonner et l'autre pour se rincer.

 

Le roi recevait pendant ses bains. L'eau était très chaude, aussi devait-on ensuite se "reposer" de la fatigue du bain dans la "chambre des bains". De plus, il se faisait masser et épiler le corps (un canon de beauté aristocratique dont la mode fut lancée par Henri III). Les cheveux n'étaient pas mouillés mais frisés au fer et coiffés très longtemps afin de les dégraisser.

 

Toujours sur le chapitre de la toilette "publique" (ou semi-privée), le détenteur du "brevet d'affaires" avait la charge, et donc le droit, de voir le roi se soulager sur sa chaise d'affaires. Sous Louis XV, il en fut autrement, le roi s'enfermait seul dans son cabinet.

 

Louis XV possédera 7 salles de bains successives. Sa femme, la reine Marie Leszczynska, aura trois installations différentes.

 

A l'époque de Marie-Antoinette, l'eau n'avait plus mauvaise réputation. Les femmes pouvaient recevoir pendant leur bain (elles ne se lavaient pas nues mais avec une chemise), prendre une leçon... L'eau du bain était une véritable "potion" : on ajoutait à l'eau chaude diverses essences, du lait d'ânesse, du son, etc.

 

Les rois avaient à leur service des valets préposés uniquement aux bains. On les appelait les "baigneurs-étuvistes". Les reines et les princesses avaient quant à elles des "baigneuses".

Pour en savoir plus, lire :

- Le Château de Versailles de Pierre Verlet, Fayard, 1998
- L'Espace du Roi : La Cour de France au château de Versailles (1682-1789) de William R. Newton, Fayard, 2000