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Chanel N°5, l'histoire d'un parfum impérial

Chanel N°5

Dans les années 1920, Gabrielle alias "Coco" Chanel règne sans partage sur le monde de la mode. Mais jusque-là, elle ne s'intéresse guère au parfum, considérant que cela ne sert qu'à masquer les odeurs des gens malpropres. De plus, à la (Belle) époque, haute couture et parfumerie ne font pas encore bon ménage.

C'est la rencontre avec le grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie, cousin du tsar Nicolas II, qui la fera changer d'avis. A la cour de Russie, à Saint-Pétersbourg, le parfum est depuis des siècles en odeur de sainteté. Le grand-duc, qui devient son amant, lui fait prendre conscience des mille vertus du parfum.  Grâce à lui, elle fait connaissance avec Ernest Beaux, parfumeur à la cour des tsars, qui s'exila en France après la révolution bolchévique. Beaux avait connu un grand succès en 1912, avec le lancement de son eau de Cologne, Bouquet de Napoléon, pour commémorer le centenaire de la bataille de Borodino. 

Elle décide de faire appel à lui pour lancer sa marque de parfum en 1921. Coco Chanel  étant une visionnaire, le parfum sera révolutionnaire, comme l'est sa mode. « Je veux un parfum de femme qui sent la femme », dit-elle à Ernest Beaux. Jusque-là, les parfums sont naturels, d'origine végétale (rose, muguet, jasmin...) ou animale (musc, ambre...). Surtout, ils ne sont composés que d'une seule note florale. Mademoiselle Chanel, elle, veut du synthétique, du "fabriqué", comme ses robes : « Un parfum artificiel, je dis bien artificiel comme une robe, c'est-à-dire fabriqué. Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de rose, de muguet, je veux un parfum qui soit un composé. »

Ernest Beaux

Beaux lui propose alors plusieurs mélanges, numérotés de 1 à 5 et de 20 à 24. Seul le numéro 5 (et plus tard le 22) retient l'attention de Coco. Le n°5 contenait des aldéhydes, produits de synthèse. Il est composé de 80 ingrédients différents, tranchant avec les parfums mono-floraux. Avec le N°5, on ne sent pas une fleur mais un bouquet de fleurs abstraites. Le premier parfum abstrait est né, souligné par une forme épurée et cubique. Influence du cubisme en vogue dans les années folles ? Peut-être. Coco Chanel en tout cas considère que le contenu importe plus que le contenant. Et paradoxalement, ce flacon aux allures simples magnifie encore plus le liquide d'or qu'il renferme que ne le feraient les flacons très ornementés du temps. Son avant-gardisme est tel que des années plus tard, en 1959, le flacon de Chanel N°5 sera exposé au musée d'Art moderne de New York et inspirera Andy Warhol.

Mais d'où vient ce nom, N°5 ? À la question "Quel nom faut-il lui donner ?", Coco Chanel répond à Ernest Beaux : "Je présente ma collection de robes le 5 du mois de mai, le cinquième de l’année, nous lui laisserons donc le numéro qu’il porte et ce numéro 5 lui portera bonheur". The rest is history.

On dit qu'il se vend un Chanel N°5 toutes les 55 secondes. C'est le parfum le plus connu au monde. A la Libération de Paris en 1944, les GI's américains se bousculèrent devant la boutique de la rue Cambon pour rapporter à leur femme un flacon du parfum mythique.

Coco Chanel peut donc remercier le grand-duc Dimitri à qui elle dut en partie le plus grand coup de sa carrière. Il lui inspira d'ailleurs ses "années slaves", durant lesquelles ses créations furent influencées par la Russie.

Sources (couvertures ci-dessus) : Edmonde Charles-Roux, L'Irrégulière ou mon itinéraire Coco Chanel, Grasset, 1974
Henry Gidel, Coco Chanel, Flammarion, 2000

Images, dans l'ordre : Flacon du Chanel N°5, Portrait d'Ernest Beaux, Portrait de Coco Chanel